YSL : nul doute que les initiales du plus célèbre des couturiers français scintilleront longtemps au firmament de la notoriété. « Monsieur Saint Laurent », comme l'appelaient les petites mains de ses ateliers, est décédé des suites d'un cancer, dimanche 1er juin 2008 au soir, à Paris, à l'âge de 71 ans. Ses adieux, le magicien de la haute couture les avaient faits il y a six ans déjà, le 7 janvier 2002, au cours de la seule conférence de presse qu'il ait jamais donnée de sa vie.
Ce jour-là, dans les salons de sa maison de couture, au 5, avenue Marceau à Paris (XVIe), siège aujourd'hui de sa fondation, Yves Saint Laurent tire sa révérence, annonçant qu'il met un terme à sa carrière, après quarante-quatre ans de bons et loyaux services, et qu'il ferme l'entreprise, qu'il avait créée en 1962. Dans son discours d'adieu, cet homme, habituellement si pudique, se livre avec des accents qui résonnent étrangement au lendemain de sa disparition : « Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. J'ai connu la peur et la terrible solitude. Les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants. La prison de la dépression et celle des maisons de santé. » Avant de conclure : « La rencontre la plus importante de la vie est la rencontre avec soi-même. »
Deux semaines plus tard, le 22 janvier 2002, « l'Enfant aux nerfs d'acier », selon la formule de l'écrivain Mishima, donne son dernier défilé, en forme de rétrospective, au Centre Georges-Pompidou à Paris. Les jeunes femmes d'aujourd'hui savent-elles qu'elles lui doivent leur garde-robe de tous les jours ? Pillant le vestiaire des hommes, Yves Saint Laurent adapte cabans, sahariennes, smokings, tailleurs-pantalons, cuissardes à la silhouette féminine. Géniale intuition qui fera dire à Pierre Bergé, son compagnon : « Si Chanel a libéré les femmes, Saint Laurent leur a donné le pouvoir. » Précurseur puisant dans les souks de Marrakech les couleurs de son inspiration, il sera le premier à utiliser le jean en haute couture. L'artiste aime aussi rendre hommage à de grands peintres au fil de ses collections : Mondrian bien sûr, en 1965, mais aussi Picasso en 1979 ou Van Gogh en 1988. Rançon de la gloire, il restera aussi comme le premier couturier à faire l'objet, de son vivant, d'une exposition dans un grand musée, en l'occurrence le Metropolitan Museum de New York en 1983.
Né à Oran (Algérie) le 1er août 1936, Yves Saint Laurent débarque à l'âge de 17 ans à Paris où il devient, un an plus tard, l'assistant de Christian Dior. En 1958, le plus jeune couturier du monde organise son premier défilé : succès foudroyant. En 1962, il crée sa maison dont la notoriété dépassera vite les frontières de l'Hexagone et dont son ami Pierre Bergé sera l'infatigable gestionnaire.
En 1971, Saint Laurent le provocateur fait scandale par deux fois. D'une part, sa collection « 40 », référence aux années noires de l'Occupation, déclenche une énorme polémique, même si le succès est à la clé. Quant aux affiches publicitaires sur lesquelles il pose nu pour lancer son parfum Homme, elles ne manquent pas de choquer la France des années Pompidou mais trois ans après mai 1968, les flacons Homme font un malheur dans les boutiques. Promu commandeur de l'ordre de la Légion d'honneur en juillet 2000, Yves Saint Laurent a eu un jour cette formule, désormais gravée au siège de sa fondation : « Le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme, ce sont les bras de l'homme qu'elle aime. Mais pour celles qui n'ont pas eu cette chance, je suis là. »